“…la faute d’orthographe désignait les limites de la conduite irréprochable d’Adèle.”

Маrie Briffa, Kirill Makarov, Evgeni Dedov 2015

Manifesta 10, Programme Parallèle, Gallerie Nieppokorennie, St Pétersbourg, Russie

– Texte imprimé sur A4 avec traduction anglaise et russe
– Armatures métalliques
– Ecran télévision et animation vidéo
– Planche et tabouret médium

Ce projet est issu d’une collaboration artistique franco-russe et s’articule autour d’une réflexion sur le fragment. Celui-ci est appréhendé en tant que mode opératoire dans la construction d’images, dont la réalité contemporaine est peuplée. Le lieu de l’entreprise, auquel appartient l’espace d’exposition, constitue également le point de départ de ce projet. Ici, la spécificité du lieu et du contexte de l’exposition travaillent ensemble pour brouiller les pistes entre réel et fiction.

Tandis que les armatures en métal renvoient à la totalité de l’espace -sans pour autant lui appartenir- les séquences de l’animation vidéo anticipent une forme plus solide, évoquant le mode d’articulation des images du désir. L’expérience d’observation de l’espace à laquelle le visiteur est soumit, présente d’étroites similitudes avec celle du narrateur du texte qui lui est destiné. L’espace fonctionne ainsi comme une matrice permettant l’articulation de ces fragments que seule rend possible l’expérience active d’un visiteur. Celui-ci est invité à s’emparer de l’espace et à dégager un sens à l’agencement d‘objets inclus dans son champ de vision à travers la production de projections mentales et d’analogies. Pensée et imagination sont ainsi conjointement convoquées.

Peu à peu, à travers l’esthétique très quotidienne de ces différents objets, émerge l’image fuyante d’Adèle. Ici, les rôles et les identités restent incertains. Les employés sont sans le savoir exposés au regard du visiteur, à qui est librement laissé le choix de son implication au sein de l’exposition. Et cela, parce que le texte constitue la source d’imagerie principale et redistribue le regard du visiteur. Ainsi, l’image d’une femme se mêle vaguement à celle d’un visiteur, ou d’un employé égaré qui apparait derrière la porte vitrée.

C’est sous l’emprise du processus d’identification dans lequel le texte nous fait entrer, que la zone s’anime et dévoile la nécessité d’une immersion plus intime. Une énigme est formée, fabriquée dans l’algorithme du processus artistique. Tel un croquis, qui pour un court laps de temps lève le voile sur le paysage futur d’une expérience nouvelle, nous proposant de ressusciter des spectres collectifs.