Not a Museum

La salle de jeu

installation in situ
techniques mixtes
2014
L’installation a été réalisée à l’occasion de l’exposition collective «Not a Museum, Aesthetic suspicions lab» organisée par la Fondation de Vladimir Smirnov et Konstantine Sorokin dans le cadre du Programme Parallèle de la Manifesta 10 à St Pétersbourg.
L’installation qui occupe principalement le sol de deux salles, semble soumise à l’apesanteur, elle attire systématique les corps vers le bas.
Ici l’horizon est renversé, il ne se situe plus devant mais en-dessous, à notre portée, dans notre espace. Et c’est celui-ci que nous sommes invités à inspecter. Là où les volumes s’aplatissent sous notre regard plongeant.
La genèse et la structure de ce projet, ce sont les lignes-limites. Elles apparaissent de la confrontation de deux zones, elles surgissent entre le bleu et le blanc des pierres répandues au sol, entre les étages du bâtiment en construction, entre les deux pages du carnet de croquis, entre la pâte à modeler bleue et le rebord blanc du coquillage, entre les murs des deux salles où de l’argile encore humide déborde.
Mais cet « entre-deux » est aussi celui où le geste est rendu visible, et où les figures ont peine à prendre forme. On hésite, on ne sait pas précisément s’il s’agit là d’apparition ou de disparition. A l’image du bâtiment les figures émergent discrètement d’un objet ou d’une matière mais sans jamais se cristaliser.
En arrière fond, c’est un jeu libre qui orchestre l’ensemble de l’installation. Les gestes de l’art s’apparentent ainsi avec la simplicité des bricolages enfantins où priment la connaissance par l’expérience, à travers des expérimentations curieuses, dont la pulsion mimétique constitue le moteur. On observe, on imite, on s’approprie le visible à travers le prisme des matériaux, on le réordonne tout en conservant sa propre économie.
Cette interaction intime de l’art avec la pulsion créative de l’enfance est exemplifiée par la disposition au centre de l’espace de 200 sculptures miniatures en pâte à modeler, librement inspirées du tableau Les Jeux d’enfants de Bruegel qui hante l’ensemble de l’installation.
L’imaginaire s’y déploie au grès d’une approche dispersée que rappellent les interactions des personnages ocres et bleus, dont les couleurs rejouent celle du tableaux et identifient les genres des enfants esquissés par Bruegel.